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Croyance et santé

Humidité, nourriture carencée, travail harassant et dangereux, autant de sources de maladies : la pellagre, la poliomyélite, la tuberculose, le paludisme sont endémiques.

Témoignages 

« La tuberculose on n’en parlait pas, c’était une honte, comme le sida maintenant, quand un cas était connu, c’est toute la famille qu’on mettait à l’écart... On allait au préventorium à Pontenx, on passait une visite tous les mois, parce que mon père était tuberculeux, il avait fallu désinfecter la maison après sa mort. On était plusieurs familles comme ça.

J’étais petite fille quand mon oncle est rentré des tranchées, il avait été gazé, il crachait ses poumons, c’est moi qui le soignais, je dormais avec lui… Quand il est mort, on m’a envoyé au préventorium et ma sœur aussi, elle dormait dans la même chambre… À l’époque, on ne savait pas et puis on n’avait pas le choix, il fallait bien s’occuper de lui. Je n’ai pas pu me marier parce que des gens disaient que j’étais tuberculeuse». 

La population en est marquée, comme l’explique un enquêteur sanitaire en 1808 : « Leur taille, leurs proportions sont toujours au-dessous de celles des peuplades voisines ; presque aucun ne présente cette fraîcheur, embonpoint, présage de la santé et de la force. Un corps grêle et rabougri, une figure hâve et terreuse, des traits flétris dans les beaux jours de la vie, tels sont les caractéristiques auxquelles on reconnaît un habitant des Grandes Landes». Au XVIIIe siècle, ici l’espérance de vie est de 33 ans, au début du XXe : 50.

On nous dit petits et malingres, les listes de la garde nationale pontenaise sont explicites à ce sujet, nos ancêtres n’étaient pas très grands. Entre 1825 et 1830, la taille moyenne des hommes est de un mètre soixante-trois. Aucun n’approche le mètre quatre-vingt, sinon Jean Maubourguet, qui pour son mètre 76 est surnommé « Le Haut » ! Les motifs d’exemption au service militaire nous montrent qu’à Pontenx on n’est pas en bonne santé, jusqu’au début du XIXe siècle. Outre le « défaut de taille » (moins d’un mètre cinquante-cinq) et la « faiblesse de complexion », il en est des plus révélateurs : « difformité des extrémités », « varicocèle volumineux »,« cicatrices adhérentes » « ulcères scrofuleux »,  « faible complexion de poitrine resserrée » « hémoptysie constatée »...

On ne voit le médecin qu’un pied dans la tombe, car outre la dépense, sa science n’inspire pas une totale confiance. Pourtant, la médecine n’est pas absente de nos campagnes, vers1850, un système de prévention est mis en place par la Cie des Landes, c’est un modèle et une exception. La commune s’investit fortement dans les questions d’hygiène publiques ou privées, en1935,elle met en place une consultation gratuite de nourrissons et adhère à l’«Aide des femmes en couches» instaurée par l’État. Le dispensaire est la grande œuvre du maire Caliot qui réussit l’exploit d’installer à Pontenx(avant Labouheyre, concurrent direct) un dispensaire nanti du premier équipement radiologique des Landes et tout y est gratuit pour tous !

Témoignages 

« À l’époque des anciens, les femmes accouchaient comme ça, toutes seules, avec l’aide d’une voisine. Un enfant, ça ne comptait pas, si un mourait, eh ! bien… on n’avait pas le temps de pleurnicher… Ma grand-mère avait quatre sœurs, trois sont mortes en couche, elle a eu de la chance : elle a eu six enfants tous vivants, mais elle s’en est vu pour les accoucher ! La plus jeune sœur était mule (stérile), c’était aussi bien. Pour nous, le médecin venait, il faisait les accouchements à la maison ; on naissait tous dans la maison de nos parents jusque dans les années 70… au moins.  On avait une sage-femme àPontenx, elle allait jusqu’à Bias à Sainte-Eulalie, on l’appelait « la Mayroun», elle avait une moto, je l’entends encore, bree… la nuit, qu’il pleuve ou qu’il vente.  Mon fils est né à la maison, la sage-femme c’était Marie Labouyrie, elle nous forçait à garder le lit 15 jours, elle venait tous les jours, avant de nous faire lever, elle nous mettait le corset, elle nous surveillait bien, elle était sévère.

Ma voisine a eu 18 enfants, tous vivants, la mère C…, elle en a eu 14 ou 15… Les parents n’avaient ni le temps ni les moyens de s’occuper de nous. Mon père était mort dans un accident du travail, je revois encore le panier accroché à une branche où ma mère mettait le dernier bébé pendant qu’elle travaillait aux champs, il y passait la journée. Moi je l’aidais comme je pouvais, j’avais six ans et elle en attendait un autre, de ce régime, elle en est morte à 32 ans en le mettant au monde : quatre orphelins. Il fallait la remplacer, alors on m’a appris à traire les vaches, on ne se posait pas de questions, il fallait le faire avant et après l’école, ah ! on était vite dégourdis»!

Le dispensaire de Pontenx

Dit de « type algérien» ( ?), il est inauguré en1936,il fonctionnera jusqu’en1942, 11 communes y adhèrent, les Papèteries aussi. L’établissement, pionnier du genre, dispose de 4 salles de 86 – 47 – 45 et 37 mètres carrés, chauffées à 20 degrés (chauffage central et eau sous pression !). L’objectif est d’assurer gratuitement à qui le demande l’accès à la radiologie et des bilans de santé. Quand le préfet inaugure les lieux, il déclare : « …partout, c’est la propreté, le bon goût, le confort même».

Après la guerre, il sera transformé en maison de repos.

La maison Alice Soulange-Bodin 

Du nom d’une déportée politique à Ravensbrück qui n’a rien de commun avec Pontenx. Le « Secours national » crée à Pontenx une institution pour 25 jeunes filles déficientes ayant besoin de repos et qui y feraient leur éducation ménagère. L’œuvre est dirigée par Melle Marguerite Mouret, infirmière. Les bains douches sont aménagés pour leur usage, et l’extension grignote encore la cour du presbytère. Elle appartient à la commune qui refuse de vendre l’établissement en1953,elle reçoit alors 50 personnes à l’année et passe en régie, dirigée par une directrice appointée. Mais des travaux importants sont indispensables, MM. Gaston et Ducourneau avancent 600 000 francs à la commune pour sa restauration. Aujourd’hui, cette construction est la résidence communale « Le Chané».

Les maladies

Les maux, soins et témoignages dont nous parlons ici, sauf avis contraire, concernent une période allant de mémoire d’homme jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Selon un proverbe du XVIIe siècle :« Tant que la lande sera lande, la pellagre te demande» cette maladie du pauvre mal nourri, explique le grand nombre de fontaines miraculeuses dédiées aux maladies de peau. Selon le préfet, en1844«… on estime qu’il y a 3 000 pellagreux dans les Landes. Les uns disent : c’est l’air ; d’autres : c’est l’eau ; les autres : c’est la nourriture… Toujours est-il que c’est une maladie qui n’attaque pas les riches».

Il est difficile d’estimer le nombre des victimes du paludisme, appelé ici « les fièvres». Jusqu’au début du XXe siècle, il frappe sans discrimination, Jacques Sargos raconte : « Le 14 mai 1873, Louis Turpin, fils de Numa, meurt des « fièvres» 48 heures après son père. L’un est maire de Lit, l’autre de Saint-Julien-en-Born… Ils ont succombé l’un et l’autre à un accès de fièvre pernicieuse, par crise aiguë de ce paludisme qui régnait en permanence autour de ces marais…». Pour traiter, on met à tremper dans un verre d’eau pendant deux jours, deux sous (ou l’équivalent), ensuite avaler l’eau, en principe, on est guéri.

Peu échappent aux coliques, surtout les enfants, car« L’insalubrité des eaux de la lande est à peu près générale». Outre la source miraculeuse, voici le traitement préconisé : il faut poser sur le ventre un cataplasme d’excrément de… loup. Sinon, on peut porter en toutes circonstances trois marrons sur soi…

Quant aux « douleurs » (les rhumatismes) qui n’en souffre pas dans ce pays gorgé d’eau ? On recourt à une méthode bien connue des bergers : « Quand le coucou va chanter - Pour la première fois de l’année - Dans les ajoncs faut te rouler »- Et tu seras guéri, tu sais».

Tous les desservants de Pontenx se plaignent de l’abus d’alcool, au point de ne pouvoir dire la messe certains dimanches, tant quelques ouailles imbibées semant la perturbation. Plutôt sobres en semaine, piquette oblige, les hommes se rattrapent le dimanche au cabaret, c’est leur seule distraction. Ceci n’est qu’un aspect du problème, l’alcoolisme est sans limite dans les foyers, on relève le décès d’une fillette de 12 ans en 1839 suite à des « troubles éthyliques», ce n’est pas le seul cas, d’autres enfants sont régulièrement placés à l’orphelinat, sur demande du maire, conséquence de l’« incompétence avinée des parents».

La liste des maux est interminable, celle des remèdes aussi, leur efficacité dépend des prières qui les accompagnent : aux saints, à la vierge, à Dieu, à la plante…

Les soins

Les plantes occupent une grande place dans la pharmacie de la dauna et l’on fait avec ce que l’on a sous la main : la graisse d’oie pour les brûlures, son sang pour dissoudre les calculs biliaires, ses excréments comme emplâtres. On se soigne comme on peut, le dernier espoir allant vers Dieu… ou le sorcier, en toute innocence.

Avec le temps, les conditions de vie se sont adoucies, nous avons tous accès aux soins, « même s’il faut une heure pour aller à l’hôpital». Depuis peu, un service d’hospitalisation à domicile est mis en place, sous l’égide de l’hôpital de Dax et la responsabilité d’un médecin coordinateur. Ces dispositions visent à réduire le nombre et la durée des hospitalisations. Dans le même esprit d’efficacité, pour le service aux personnes, un des trois hélicoptères de la gendarmerie disponibles pour l’ensemble de la côte landaise peut intervenir à partir de l’héliport de Mimizan.

La naissance

Longtemps, la mortalité chez les parturientes et les nouveaux nés est si effrayante qu’en 1804, le préfet décide de créer à Dax un cours gratuit pour les sages-femmes. À partir de 1800, une et souvent deux sages-femmes officient à Pontenx, alors qu’il n’y a pas toujours de médecin, en 1840, nous n’avons qu’un officier de santé : le sieur Bergeron. En 1898, sur 24 décès à Pontenx, 6 concernent des enfants de moins d’un an et il faut attendre le milieu du XIXe siècle, pour que médecins et accoucheuses s’attirent la reconnaissance de la population par leur compétence et leur dévouement. Il était temps : en1934, 20 % des bébés Pontenais ne sont pas viables à la naissance, 20 % aussi de décès avant la cinquième année, 3 futures mamans sur 5 ont déjà 6 enfants et plus en1938 ; c’est un temps où il vaut mieux être bréhaigne (stérile), quitte à subir le mépris et… l’envie secrète des autres femmes.

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