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Une organisation agropastorale autarcique

L’ensemble des Landes fonctionne selon un mode de vie autarcique basé sur un équilibre agro-sylvo pastoral. À l’apogée de ce système, vers1850, on compte 650 000 hectares de landes et environ 100 000 de prairies et de pâturages parcourus par un million de brebis. En1950, il ne reste plus que le dixième de ce troupeau.

Le niveau de vie

Un berger garde entre une et deux centaines de moutons, ajoutées à quelques hectares de seigle, elles suffisent à faire vivre une famille. On estime qu’une centaine d’hectares de lande où l’on installe dix ruches (dix kilos de miel par an), permet de nourrir cinquante moutons qui produisent 50 tonnes de fumier qui enrichissent deux hectares de champs qui produiront deux tonnes de grains, soit 24 tonnes de pain : de quoi faire vivre cinq personnes.

Et oui, cette pauvre lande enrichie du fumier des troupeaux produit au XIIIe siècle deux récoltes par an de céréales, de la vigne, du miel…

Les voyageurs pressés ne voient chez nous que de la misère, ceux qui partagent le quotidien de nos ancêtres, comme le géographe gasconisant Claude Masse mort en1737, renvoient une autre vision. Après avoir insisté sur leur alimentation frugale et leur vêture misérable, il dit : « Cette façon de vivre n’empêche pas ces pastres, qui paroissent rustiques, et sauvages, d’être fort riches, remplis de bon sens…»À la même époque, la même discrète aisance est attestée par un journaliste anglais, Arthur Young, qu’on ne peut suspecter de partialité quand il nous fait part de son étonnement : « Un arpent de pin rapporte plus qu’un arpent de toute autre terre, plus même qu’un arpent de vigne ». Un arpent cultivé se vend au mieux 400 livres ; l’équivalent planté de pin,  1 000 livres (un ouvrier gagne environ 12 livres/an).

Des gros bourgs comme Mimizan ou Pontenx prouvent qu’il existe des ressources. Quand la population augmente, on élève plus de moutons qui fournissent plus de fumier pour planter davantage, une brusque augmentation démographique, comme vers1850, est absorbée grâce à la logique agropastorale des perprises (coutume permettant à qui peut la mettre en valeur de s’approprier une part des terres vagues communales).

À l’examen des faits, on constate que le Pays de Born, le plus déshérité et le moins peuplé des Landes, le plus fermé sur lui-même, réputé impénétrable, n’a pas attendu le XXe siècle pour nourrir ses enfants. Les pratiques ancestrales de production dont nous allons parler se perpétuent  inchangées jusqu’au milieu du XXe, car le temps a fait la preuve de leur efficacité. La fin de la Seconde Guerre mondiale apporte un radical changement… nous passons d’un coup du Moyen-âge à l’ère moderne.

L’agriculture

À Pontenx, le seigle et le sarrasin viennent bien, le millet (panis) est abandonné au profit du maïs qui devient pour 50 %, notre noyau permanent de culture. La dernière récolte de seigle, sur 95 hectares, à laquelle il faut ajouter un peu de méteil (seigle et froment semés ensemble), a lieu en1951.Sur une quinzaine d’hectares, les pommes de terre, fèves, haricots et pois rendent 20 quintaux à l’hectare, plantés avec le maïs qui leur sert de tuteur, ils apportent un plus intéressant tant à la cuisine familiale qu’à la bourse.

Le vin

Une charte de1273interdit de vendre du vin étranger tant que la récolte locale n’est pas écoulée ( ce qui donne à penser qu’il n’était pas des meilleurs). Plusieurs auteurs précisent que Mimizan, Saint-Paul, Pontenx et Aureilhan produisent en quantité un vin qui s’exporte sans peine, dixit Lamoignon en1714 : « Il y a des vignes qui portent du fort bon vin ; il se vend assez cher dans tout le pays voisin, mais ils ne peuvent supporter le transport par mer… . Des lieux dits tels « La Vignotte », « La Vignasse », « les Vignes », confirment cette production. Vers1700, il y a en permanence au moins un tonnelier à Pontenx et les vignerons y sont nombreux : Jeannic et Jean Guion, Michel de Lafontan, Bertrand Bert et Jean Jon, en1777, cultivent 52 carreaux de vigne (un carreau : environ 2 ares). Nos gros propriétaires soignent  assez de vigne pour justifier l’emploi d’un vigneron à demeure. Presque tout le monde à Pontenx fait son vin, jusqu’en1940,puis la production diminue, en1976 230 hectolitres sont encore récoltés sur plus de 6 hectares par 45 exploitants, mais en2009,trois familles seulement produisent encore leur consommation personnelle.

Témoignages 

En1920, un Pontenais précise : « … depuis qu’on applique des traitements contre les maladies, la culture de la vigne a repris son extension et on récolte aujourd’hui de bons vins, du picpoul, des vignes basses qu’on taille à deux yeux. On se faisait le vin sur la propriété, mon frère il se le fait encore, il n’était pas mauvais du tout, les cépages c’était le Bacau, l’Othello, on avait 2 000 pieds de vigne à la maison, c’est un vin teinturier, jusqu’à 14 degrés, on a pris de ces cuites aux vendanges ! Il y avait une cuve en ciment, on faisait tout à la maison, pas de coopératives !

L’élevage

En 1775,arrive par Bayonne le typhus qui décime bœufs et vaches, des paroisses en sont « ruinées à jamais ». Pour arrêter la contagion, le 1er janvier M. de Fumel, intendant de Bordeaux, envoie un détachement de la légion corse, (un capitaine et 30 soldats cantonnent à Bouricos) pour assommer des centaines de bovins infectés ; il devient difficile de se procurer de la viande et du lait, la maladie ne cesse qu’à la fin octobre.

Boudon de Saint-Amans en1818,évoque, « … Des taureaux paissent toute l’année dans la lande où ils vivent en liberté».Félix Arnaudin, raconte ces transhumances conduites par les nombreux « vacquèrs deu sable » aussi sauvages et démunis que leurs troupeaux. Cette pratique se maintient jusqu’en 1962quand il faut abattre ces bêtes irascibles pour installer dans les dunes le Centre d’Essai des Landes.

La tuberculose est endémique, jusqu’à ce que tout le troupeau soit tuberculiné vers1960,il faut abattre 1 400 vaches en moyenne par an dans les Landes.

Quand le travail à l’usine remplace celui des champs, agriculture vivrière et gemmage disparaissent. Les espaces ainsi abandonnés sont colonisés par les arbres, aulnes, chênes et saules, créant les forêts de ripisylve qui forment des galeries au dessus des rivières. Les prairies de fauche et les pâtures omniprésentes de Menéou à Saint-Paul et à la Capère, le long des ruisseaux de l’Escource, des Forges et du Canteloup sont abandonnées progressivement lors de l’exode rural. Cependant, redonnant aux prairies de la Caguillouse et du Pountras leurs fonctions d’avant-guerre, un éleveur a remis dans les années1990ces prairies en état pour un élevage de 80 vaches, créant ainsi des espaces ouverts et un paysage diversifié.

« Martin » et « Joan »font partie de la famille. Les mules douces, intelligentes et travailleuses sont affectueuses, certains affirment en avoir vu pleurer. Jamais un paysan ne les rudoierait, cet attachement fait dire de certains « Il tient plus à ses mules qu’à sa femme».

Une bonne paire bien dressée pendant deux ans coûte 10 000 francs, elles travailleront environ six ans, c’est dire combien elles sont précieuses. On les soigne, on les brosse tous les jours, chacun met un point d’honneur à ce qu’elles présentent bien, pour les fêtes on les décore de grelots, cocardes, filets et rubans. En1883,on compte environ 300 têtes d’équidés sur la commune, notredernier muletier, René Labiole, partait en forêt avec ses mules et le bros  pour la Cie, jusque dans les années1970.

Les moutons

La terre des Landes est adaptée aux ovins, la chair de l’agneau landais est recherchée, même si la laine n’est pas de grande qualité, elle trouve facilement preneur.

Longtemps, les pasteurs exercent le métier le plus représentéàPontenx, les troupeaux sont très importants puisque le même jour, en1742, le comte de Rolie vend 126 agneaux. La Cie des Landes pratique l’élevage d’ovins sur une grande échelle, elle possède encore 1 000 ovins en1948. Les comptes de leurs métayers pontenais nous apprennent que les troupeaux sont d’environ 300 têtes chacun dont 150 agneaux, le mouton de boucherie pèse au moins 45 kilos et donne 900 grammes de laine de si bonne qualité que l’on paye 10 francs Melle Pasteur pour ramasser les débris de tonte. Jusqu’en1960,la production ovine pontenaise reste représentative.

Les porcs et le petit élevage

C’est la seule viande d’élevage qui figure régulièrement sur la table familiale. Un de nos curés écrit en1778 : «le porc,sans lequel il est impossible de vivre dans ce pays ».C’est l’animal qui « rapporte » le plus, même s’il faut acheter du sel en quantité pour le préparer puisque c’est la viande de conserve par excellence,  salée ou confite, comme le canard, moins populaire ici. Les nombreuses préparations à base d’abats et de plats en sauce s’expliquent : on vend la bête toute parée  (prête à cuire) au marché, restent pour la famille les abats.

Le fumier

La fumure ici est incontournable puisqu’on ne pratique pas la jachère (mise en repos des parcelles) et que l’on fait deux récoltes de céréales par an. Le berger s’il ne travaille pas pour son compte, se charge du troupeau d’un propriétaire. En échange de 24 heures de présence quotidiennes, sans congés, où il assume seul l’agnelage, la tonte, les soins vétérinaires, la vente… il garde la laine, les peaux et quelques agneaux.

La terre est si ingrate que moutons et pâtres parcourent 30 kilomètres par jour pour paitre, c’est ainsi que le propriétaire trouve son compte : ses pignadas sont propres et le précieux fumier enrichi ses terres où rien ne pousserait sans les déjections des troupeaux. L’irremplaçable fumier, promesse de belles récoltes, est pris en compte dans un contrat de métayage.

À la fin du printemps, tous se rendent en forêt avec des charrettes pour ramasser les fougères dont ils font une importante provision, c’est le soutrage, joint au fumier, il enrichit la terre.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, nos cultures ne posent pas de problèmes écologiques, la potasse d’Alsace, les scories et les super phosphates ne feront leur apparition qu’en1934.

1857 : la fin d’un mode de vie

Le milieu du XIXe siècle voit l’apogée du système agropastoral, nos immenses troupeaux parcourent la lande et  transhument vers les Comminges, puis, coup de tonnerre : la loi de1857favorise les plantations de pins qui interdisent les transhumances.

À l’arrivée du nouveau siècle, c’est la fin d’un mode de vie ancestral fort rude, mais parfaitement équilibré, écologique. Certains historiens tendent à penser que la plantation obligatoire et systématique ne représente pas que des bienfaits pour les habitants ni pour le pays, mais il est indéniable que la forêt cultivée a donné naissance à une importante économie en créant des emplois.

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