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Les métiers de la forêt

Il faudrait parler ici de tous les acteurs de la forêt, mais ils sont si nombreux : muletiers, débardeurs, écorceurs, élagueurs, bûcherons, défricheurs, agents forestiers, entrepreneurs indépendants, ramasseurs de brandes, tonneliers, distillateurs, négociants et tant d’autres… Mais le seigneur de la forêt, c’est le résinier. APontenx, le dernier cesse ses activités en1980.

Le résinier

Il est presque toujours métayer pour un propriétaire sous le régime du bail à colonat, c'est-à-dire pour une période définie (par campagne de ramassage). Il se livre à des travaux divers pour le compte de son propriétaire ce qui explique les rémunérations hétérogènes, allant du quart à la moitié, cependant, vers1920, au moment de la chute des cours, le partage par moitié est le lot commun. Puis les résiniers domaniaux deviennent salariés… peu de temps puisqu’en1940,le ministre de l’Agriculture restaure le partage par moitié.

Leurs conditions de vie se dégradant, ils créent des syndicats pour défendre leurs intérêts, ensuite pour tenter de sauver leur métier.

Témoignages 

« Il faut trois ans d’apprentissage pour connaître le métier, mais seulement deux pour dresser des mules ! Moi, j’ai appris à piquer à 9 ans, pour ceux qui allaient au certificat, c’était 14 ans. Mon père était très dur, j’ai pleuré bien des fois. En 1920, nous étions 14 000 gemmeurs, tous payés au litre, la campagne durait 10 mois, de février à mars on n’était pas payé, il fallait prévoir. On était logé par le propriétaire qui fournissait les outils, la récolte était partagée par moitié. Un bon résinier faisait 1500 pins par jour avec trois coups d’hapchot (la hache du résinier) par pin. Je faisais une barrique de 250 litres par jour tout seul, le matin, je prenais la lampe électrique pour ramasser, souvent, c’était la femme qui ramassait.  On passait tous les 8 jours, deux fois par semaine, en été, on faisait une cinquantaine de kilomètres par jour. Toutes les quatre semaines, on passait ramasser la résine, on la portait sur la tête, dans une quarte de 20 litres, 10 pour les femmes, plus le poids de la quarte en bois… Il y avait des périodes où il fallait quand même être costaud pour supporter la fatigue. Il y avait tous les travaux à faire, il n’y avait pas que les pins, chez nous, on faisait marcher 10 hectares de terre, tout à la main, même les sillons, ou avec une mule… Vous vous étonnez qu’on soit crevés ? Je faisais sauter la corne dans mes mains avec l’hapchot…, mais j’aimais ça, je ne regrette pas. Notre vie était plus saine, on n’avait personne au derrière, le travail était dur, mais on était récompensé, bien payé. On était les rois de la forêt. On était heureux de vivre et quand on faisait la fête, on faisait la fête !

Souvent on partait le dimanche soir pour embaucher le lundi, en restant sur place on faisait 15 à 16 heures par jour, parfois même le dimanche matin, pour avancer. On était dans une cabane pour un ou deux résiniers. Certains vivaient toute la saison dans les cabanes avec la famille, il y a eu des naissances ! Ils emmenaient le cochon, les moutons les poules, ils faisaient un potager… Sinon,  on se faisait les repas, on se portait du confit, des œufs, on n’avait pas de frigo, on faisait un trou dans la terre, on y mettait la boisson, les conserves… le pain, on le gardait dans un drap mouillé, il tenait trois ou quatre jours.

C’est un tricot de marin qu’on porte encore, rayé bleu et blanc, on les achetait à la coopérative. C’est parce que le gemmage a commencé à La Teste, les ostréiculteurs s’occupaient des huîtres et ils résinaient, selon la saison. Les guêtres du gemmeur, ç’est des trabucs, ou garremaches, c’est ce que portaient les bergers, on les mettait sur les sabots où il y avait de la paille parce que c’est un isolant, l’eau ne rentrait pas dans les sabots. Mes outils sont à moi, je les entretiens, après moi, mes petits-enfants les auront».

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