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Les forges

Sous l’ancien régime

« Le minerai de Mimizan qui alimente depuis longtemps les belles fonderies de Pontens et d’Uza… On en retire une espèce de minerai très riche, mais le fer qui en provient est aigre et cassant. Cependant, on corrige ce défaut essentiel par une castine de meilleure qualité, la pierre coquillière de Sabres ».Ce propos de l’abbé Dorgan en1846doit être tempéré, le sous-sol n’est pas très riche en minerai de qualité… Mais nos « mines » de fer (des trous dans la plaine), jalonnent le paysage.

Pontenx se caractérise par de grandes étendues boisées traversées par un important ruisseau, si on y ajoute l’esprit d’initiative et la fortune, les conditions sont réunies pour réaliser de grandes choses. Le comte de Rolly décide donc de créer une forge sur son domaine. Sans doute intéressé à augmenter sa fortune, c’est aussi un philanthrope qui inclut dans son projet l’amélioration des conditions de vie sur ses terres, où fait exceptionnel, il vit. Il commence par assainir les marais, ces travaux énormes permettent aux gens du cru de toucher pour la première fois un salaire en échange de leurs services. Puis le conseil d’État produit un arrêté le 27 avril1762autorisant le comte de Rolly à installer les forges.

De chaque côté du ruisseau, il fait creuser ce que l’on appelle aujourd’hui « l’étang », ainsi qu’un déversoir avec vannes, à sa sortie. Trois ans après, le  haut fourneau fonctionne, avant même la construction de la forge, le comte l’utilise pour fabriquer les outils nécessaires à la suite des travaux ainsi que de la fonte destinée aux feux d’affinerie. Un laminoir est installé plus tard.

Les ouvriers embauchés pour le travail des forges sont originaires du Périgord et du Quercy, choisis pour leur experience. Beaucoup font souche ici et ils forment des apprentis landais. Au départ, ils produisent de la poterie de fonte à usage domestique, des chaudières (marmites) exportées aux Antilles pour la canne à sucre, du métal, du fer… Le tout de piètre qualité comme la production landaise en général.

Le comte met à la tête des forges des régisseurs et des directeurs distingués parmi ses meilleurs employés, s’assurant ainsi leur dévouement. De fait, on ne trouve pas trace de grèves ou de manifestations d’ouvriers aux forges de Pontenx, quand les premiers mouvements sociaux voient le jour.

Les terres asséchées jusqu’à Bouricos sont mises en culture. Le niveau de vie des habitants s’améliore en même temps que la fortune du comte…

Avant1789, la métallurgie landaise est de piètre importance et les forges dePontenxne sont pas des concurrentes dangereuses pour celles de Dax ou de Mont-de-Marsan, mais à partir de1811,Pontenx,qui seul dans les Landes avec Uza possède son haut-fourneau, les rapports sont inversés.

La concurrence est rude avec Uza si proche, trop sans doute, puisque des échauffourées parfois sanglantes éclatent, comme en juillet1768, entre les deux équipes quand ceux d’Uza viennent « emprunter » du minerai dont Pontenx pense avoir le monopole. Mais les productions sont aléatoires, parfois anecdotiques :1793leur rapporte une commande de 1 000 piques fabriquées avec le métal des grilles des églises, pour armer les troupes françaises. La situation s’aggrave à cause des malfaçons, de l’État mauvais payeur et du manque de main-d’œuvre qualifiée, les forges ferment entre1793 et 1798. La dernière commande acceptée par les gérants Fleury et Lescure sera la fabrication de boulet pour la marine.

Le seigneur intelligent et généreux meurt en1783laissant les forges à sa fille Elizabeth Sacriste de Rolly ; enfin, surtout au marquis de Gombault qu’elle a épousé en1782.

Les affaires ne doivent pas être mauvaises, puisqu’en1808, le sieur Sever vend pour 300 000 francs, au sieur Chalan, directeur des forges, quatre métairies et un moulin et sous l’Empire, la forge connait une certaine prospérité. La production cependant diminue et la rivalité entre Uza etPontenxfait rage sporadiquement. En1810,il n’y a plus qu’une trentaine d’ouvriers sur le site, le minerai de surface s’épuise

Le marquis de Gombault ne présente pas les mêmes qualités morales que son beau-père, il ne change rien à la gestion des forges, mais les installations sont obsolètes. Le marquis, comme il l’écrit au préfet tente «D’échapper à la menace d’une ruine certaine etprochaine» en installant un four à réchauffer et un nouveau laminoir, mais la construction d’un four à puddler est annulée. Il fait réaménager l’étang en1830, ce qui fournit l’énergie hydraulique pour les ateliers et amène une nouvelle prospérité.

À la mort du marquis en1832, ses trois filles vendent la totalité du domaine à la « Compagnie d’exploitation et de colonisation des Landes de Bordeaux ».

Alors, commence  une autre histoire…

La saga de la compagnie

Les Landes connaitront le meilleur et le pire en réponse à la préoccupation du Siècle des lumières envers l’aménagement du territoire. François Bernard Boyer Fonfrède, appuyé par ses puissantes et riches relations, donne, le 1er juin1834, le coup d’envoi pour que cette terre improbable, déshéritée et loin de tout, se couvre d’entreprises plus ou moins expérimentales. La « Compagnie des Landes» se donne pour but la mise en valeur des Landes de Gascogne. Il s’agit pour les fondateurs d’un vaste projet qui doit apporter des dividendes conséquents, mais aussi bien-être et expansion à une population jugée arriérée et misérable. Ce double engagement marque l’histoire de la colonisation des Landes, celle de la Cie n’y échappe pas, mais nous ne parlerons ici que de la partie concernant notre périmètre géographique.

La direction installe le matériel issu des nouvelles technologies et les forges prospèrent tout en préservant l’esprit de colonisation philanthropique.

Par exemple, dès sa création, outre les chantiers d’assainissement, la Cie organise un service de santé étonnant pour l’époque. Un médecin mène des inspections sur le terrain, un chirurgien appointé par la Cie des Landes reçoit tous les jours à Pontenx, la vaccination des enfants est obligatoire, soins et médicaments sont dispensés gratuitement aux employés les moins favorisés. La Cie fait construire des logements ouvriers aérés et propres.Les femmes d’employés travaillent dans la forêt ou aux cultures, de même que les enfants à partir de l’âge de six ans, mais sous le contrôle d’un « Conseil de salubrité ».

Les responsables de la Cie pensent que la nouvelle invention qu’est le tourisme offre un débouché prometteur : deux hôtels sont construits àPontenx.

Le premier directeur général,Jean Boyer-Fonfrède,avocat, nourrit de grandes ambitions, mais ayant investit inconsidérément, il est chassé de la gérance en1836. Les trois gérants qui lui succèdent sont de piètres gestionnaires et accumulent les erreurs. Le vicomte Levavasseur est l’objet de la rancœur des habitants dePontenxqui se battent pour garder leur droit d’usage sur les terres, ils assiègent le château, le gérant et son homme de main doivent s’enfuir  en barque par l’étang pour éviter le lynchage. La situation financière est catastrophique, le projet de canal devant joindre l’étang d’Aureilhan àPontenxpour les transports des forges est annulé, à la place, on établit une route de 13 kilomètres en mâchefer jusqu’au port de Gastes : la « route noire ».

Finalement, un liquidateur est nommé : Marie Victor Louis Pidoux, administrateur hors pair, chrétien convaincu,  s’efforce de sauver les ruines en protégeant les hommes. Privilégiant la sylviculture, il démantèle les beaux domaines d’Aureilhan et Saint-Paul pour vendre terres et immeubles, ce qui lui permet de rembourser les actionnaires et de disposer de capitaux, la Cie se replie surPontenx. Les habitants rachètent les maisons et les bonnes terres dont ils rêvent depuis si longtemps, Victor Pidoux sera le premier administrateur admiré et accepté des Pontenais, d’ailleurs, il demande à être inhumé parmi eux.

Ces opérations terminées, la nouvelle « Compagnie de liquidation et colonisation des Landes de Bordeaux », fait planter en pins toutes les terres disponibles et loue les forges en1855à la famille Espéron qui dirige alors toutes les grosses forges des Landes. Le toit du bâtiment principal s’effondre à 8 heures du matin le 22 août1871, ne causant miraculeusement « que » trois morts. C’est à Édouard Espéron que nous devons le pont en pierre et la digue réservoir aux forges où il installe également une clouterie

Cependant, le dernier Espéron, moins doué en affaire que ses parents, quitte les forges dePontenxen1875, pratiquement ruiné.

L’intérêt que Napoléon III porte aux Landes redonne un nouveau souffle à la Cie des Landes qui profite de la loi de 1857 et s’organise sur le modèle de Solferino. En même temps, l’État prend en charge la création et l’entretien des routes, ce qui facilite l’expansion des entreprises locales. Construite en1889,la ligne de chemin de fer Labouheyre-Mimizan, qui se poursuit dans l’usine et à la distillerie permet à la Cie de ne plus dépendre des muletiers, la gare de Pontenx se trouve aux forges. En1879, quand Mr Gallis devient gérant,  la Cie des Landes est estimée à plus de deux millions et demi de francs, elle produit dans ses quatre distilleries de résine, l’essence, le brai et la poix.

La « Nouvelle Compagnie des Landes» voit le jour le 15 février1883, sous la direction du notaire Frédéric Charavel. Près du lac de 15 hectares, le domaine dePontenxcomprend alors deux cantines, des ateliers résineux, les forges avec ses hauts fourneaux, les laminoirs, les fours à puddler (affiner la fonte) et à réchauffer et leur outillage, 12 maisons d’ouvriers, 18 métairies, une tuilerie, les dépendances, les pâtures, marais, étangs, forêts de pins… sur 3865 hectares d’un seul tenant… Frédéric Charavel est chassé de son poste par ses pairs en abandonnant ses actifs en1888et les forges vont mal. Depuis plusieurs années, les comptes déficitaires sont renfloués par le domaine, les administrateurs auraient dû décider la fermeture, mais… que deviendront les ouvriers et leur famille ? Quel avenir pourPontenx ?

Avec l’arrivée de M. Dudon, gendre de Valmy Dupin,c’est une dynastie qui prend la direction de la Cie : trois hommes de la même famille vont présider à sa destinée sur une période de 70 ans. Sous leur tutelle, un véritable effet d’appartenance existe de la part des employés envers la Cie. Indissociable de la vie de la commune, la Cie intervient pour aider des personnes dans le besoin, elle participe aux dépenses visant à amener le progrès.

La Grande Guerre éclate et l’usine est louée à MM. Frémaux, tisseurs à Lille, pour fabriquer les obus dont la France a tant besoin. La vie reprend, dans la fébrilité. Des ouvriers mobilisés à l’usine, des femmes, des manœuvres grecs, espagnols… pendant quatre ans, tous participent fiévreusement à l’effort de guerre, jusqu’à la fermeture définitive en1918.

Sous la présidence de René Mondiet entre1910 et 1956, les 80 ouvriers et leur directeur se battent pour maintenir les forges, mais la fermeture est décidée en janvier1914.Cependant,la Cie prospère : entre1920 et 1927, les cours de la gemme sont multipliés par six… jusqu’à leur chute, cause de la récession des années trente.

Pour la deuxième fois, en1939, le président Mondiet doit gérer la Cie en temps de guerre et le château devient la kommandantur. L’après-guerre est difficile, mais le bois se vend très bien, la Cie achète de nouvelles parcelles qu’elle exploite en semis naturels. Entre1937 et 1949, son principal adversaire sera le feu, le domaine dePontenx, le 29 juin1949,est partiellement détruit.

La paix revenue, visant la diversification, la Cie rénove la centrale électrique et autorise le pétrolier ESSO à faire des sondages sur ses terres, sans succès. La forge et la tuilerie louées en1925à la « Société des établissements de Perroy consacrée essentiellement au développement de la tuilerie et à la distillation de la gemme, ferme en1964, après la tuilerie, en1952. 

À partir de1927, les grands incendies se multiplient si bien que la Cie investit dans la construction d’un premier belvédère en1930. Le docteur Mondiet prend des mesures drastiques :« Après une longue période d’incendies, une grande partie de nos grands pins est détruite. Nous devons conserver ceux qui nous restent pour assurer du travail à nos résiniers et n’envisager la vente que lorsque ces arbres épuisés ne peuvent plus supporter le « résinage ». Du coup la Cie n’a mis en vente que des pins d’éclaircissage ». Malgré cette politique le gemmage a vécu : la vente de gemme diminue, elle est remplacée par des produits de synthèse.

La Caisse des dépôts et consignations créée en1799, en devenant propriétaire de 40 % des parts de la Cie en1963et plus tard majoritaire, redresse la situation financière délicate, jusqu’à ce que le bois des Landes soit de nouveau apprécié.

En 1970, la Cie des Landes devient le « Groupement forestier de la compagnie des Landes », simple changement de régime fiscal, et s’oriente entièrement vers la sylviculture en privilégiant la qualité et la régularité de la production à cycle court grâce aux semis en ligne et à l’apport d’engrais phosphaté. Son très important cheptel d’ovins diminue jusqu’à disparaitre, le dernier troupeau qui entretient les pare-feu quitte les pinèdes vers1970, à la mort de notre dernier berger.

Témoignages 

« A la suite des gérants, nous joindrons le nom de M.  Daugey, qui, entré à la Cie en 1948 sous la gérance de M. Mondiet, y restera 27 années, dont 17 comme directeur. Il y gère les 60 employés au moment de l’évolution de la sylviculture du pin maritime avec les premiers boisements « modernes ». Cet homme de la forêt, où il sera résinier entre ses 13e et 20e années consacrera sa vie au développement forestier, ce qui lui vaut la distinction d’officier du Mérite agricole. Notre centenaire local gardera cet attrait à la retraite, en présidant pendant 30 ans la société de chasse, ce qui n’est pas rien quand on connaît le monde des chasseurs et la difficulté à faire l’unanimité dans ce domaine… Il dirigera aussi l’ASA de DFCI de Pontenx pendant 20 ans, organisant la création de pistes et d’ouvrages de prévention, moyens de lutte contre l’incendie, encore utilisés aujourd’hui ».

Aujourd’hui

À partir de1993, la société qui commercialise du bois d’œuvre et d’industrie alimente exclusivement les entreprises locales se place au premier rang des groupements forestiers.

Les deux pylônes avec gardiens font partie de l’histoire locale, mais la Cie s’est dotée d’un camion équipé pour prévenir ou surveiller les reprises d’incendies qu’elle met à disposition avec chauffeur pour les pompiers.

La protection de la nature, de la biodiversité et des espaces naturels, la lutte contre l’effet de serre, s’inscrivent parmi les priorités de la « Société forestière » qui a obtenu en 2003 la certification ISO 9001. 98 % de ses forêts sont éco certifiées. Le rendement moyen annuel de l’investissement est de 8%. Fortement investie dans la protection de son équilibre écologique, elle instaure un projet cynégétique visant à attirer un certain tourisme : la société installe des réserves de chasse qui sont entretenues par des locataires. L’une d’elles, sur 800 hectares, se situe au tuc de Piche àPontenx.

La dernière tempête a jeté au sol 50 % des pins du domaine amenant une réflexion sur l’adaptation de la sylviculture au changement climatique, incluant des études sur la résistance des arbres, les essences et les itinéraires techniques et économiques, en association avec l’INRA. Forte de ces expériences, l’objectif de la Cie des Landes est de devenir un modèle de la sylviculture moderne. Dans l’immédiat, en association avec la Caisse des Dépôts et Consignations, sur une bande de 50 kilomètres le long des routes, elle installe des arbres fruitiers et des feuillus, comme à  l’Est de la route d’Escource, pour tester leur capacité de résistance au vent, cette démarche présente également un intérêt pour la subsistance de la faune sauvage.

Le château de Pontenx, siège de la Cie, est une propriété privée, mais elle met à la disposition de la commune  l’airial du Tastot, les terrains du parcours de santé et du sentier botanique.

La vieille dame, forte de l’expérience de ses 175 ans d’existence se porte bien. Sa jeunesse tumultueuse a laissé place à une maturité équilibrée due en bonne part à la qualité de ses gérants, mais aussi au fort sentiment d’appartenance ressenti depuis toujours par ceux qui y travaillent. Des équipes soudées par la bonne volonté de chacun n’ont pas permis aux évènements de détruire l’œuvre entreprise.

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