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Les craintes ancestrales

Le feu

L’éloignement ou l’absence des secours conjugués à l’omniprésence des pins représentent un danger permanent d’incendie. On compte une centaine d’incendies importants en moyenne par an dans les Landes pendant le XXe siècle, les pompiers et la D.F.C. I. entre1941 et1947, indiquent 870 incendies ou départs de feu, dans le département, Roger Sargos, spécialiste du boisement de la Gascogne estime à plus de 400000 hectares les surfaces brûlées, soit le tiers du massif landais et il ajoute à ce chiffre 223 incendies dus à la guerre, par accident ou comme en1942 à des ballons incendiaires expédiés par les Allemands ; deux ans plus tard, ces derniers prendront une part active à la défense contre les incendies...

Voici quelques incendies qui ont particulièrement marqué les esprits àPontenx. En1800,toutes les landes de Saint-Trosse situées sur le côté ouest du ruisseau brûlent, deux femmes périssent. En1826, de Saint-Trosse à Bouricos, il ne reste rien. En1870après trois jours de surveillance, un nouveau départ de feu surprend les sauveteurs, puis un autre 6 jours après le premier démarre à Bouricos, impossible à maitriser il menace Saint-Trosse dont les habitations sont sauvées de justesse grâce à l’aide des Américains (Canadiens ?) cantonnés à Esleys.

1898-1899sont deux années rouges. Les pignadas de la Cie des landes à la Pandèle, à Saint-Trosse, Ligautens, Baxentes, jusqu’au Muret, brûlent soit 6000 hectares... on soupçonne le crime déguisé en accident. En septembre1918, en trois jours tout disparaît entre Lüe, Labouheyre,Pontenx, et Parentis, seul le lac arrête le feu à Gastes. Ces milliers d’hectares détruits auraient complètement ruiné le pays si le génie français n’avait acheté les bois. Le feu est à Piche le 8 juillet1922. En1942les incendies se succèdent du 10 au 14 septembre, le 11 mars et le 27 avril. En1944, 360 hectares de bois flambent à Marcon le 18 mai et c’est le tour d’Escource le 5 juin. Un avion français en flamme tombe au « Piou Bernède », le feu se propage à Saint-Trosse et à Piche ; le 23 mars1945etle 4 avril il est à Bourache et Pey Bournès. Le 25 avril c’est 320 hectares de jeunes pins et 40 hectares de pins de 50 ans qui partent en fumée, soit plus de 3 000 000 de francs de perte pour la Cie, sans compter leur valeur d’avenir, mais les communes de Lüe et Parentis sont également gravement touchées, d’autres feux se déclarent le 5 mai, les 15, 28, 29 et 30 juin, les 1er et 2 juillet à Piche et les 4 et 25 juillet à Bouricos. Un an plus tard, 6 hectares « seulement » sont brûlés, mais le 25 avril1947siPontenxest miraculeusement épargné, Escource, Lüe et Ychoux perdent 6 000 hectares de pins. À partir de cette date, s’enchainent les grands incendies, celui des 29 et 30 juin à Richard, Larrousseau et Marcon mobilise 150 sauveteurs pendant 3 jours.

Deux hectares de la lande de Menaut disparaissent dans le feu le 24 août1975. En2005, le maire porte plainte au sujet d’une série de départ de feu sur la commune. Au dire des anciens, l’incendie le plus traumatisant est celui de1940, ils en parlent encore avec émotion.

Les causes

Outre la molinie (plante), particulièrement inflammable, qui colonise nos landes, les brûlis mal maîtrisés étaient la première cause d’incendie, pourtant,  bien menés et surveillés ils sont efficaces et sans danger : en1855, M. Challemaison, gérant de la Cie, incinère dans les règles et sans problème, 600 hectares entrePontenxet Saint-Trosse. Les accidents dans les chantiers forestiers sont estimés responsables de 60 % des incendies et plus tard les locomotives, même avec tromblons, pour une bonne part…

Enfin, la malveillance est telle qu’en1700, l’archevêque de Bordeaux lance un monitoire (obligation faite aux fidèles de dénoncer un crime) àPontenx, Biscarrosse et Gujan… Après les ensemencements, on pense sans le dire que les pâtres, qui considèrent les plantations de pins comme une usurpation de leur territoire, sont coupables d’incendies volontaires… Aujourd’hui, on estime à 30 % les incendies dus à la foudre, à des causes humaines diverses,  la conséquence de la malveillance est difficilement mesurable.

Les reprises de feux, dues au manque de surveillance sont fréquentes et d’autant plus navrantes qu’elles peuvent être facilement évitées. En1905Roger Sargos raconte avec une ironie mêlée d’amertume, une anecdote illustrant l’inconscience et la négligence qui coûtent si cher à nos forêts : « C’est au milieu d’un chantier d’établissement de pare-feux intercommunal en présence d’une vingtaine de prestataires, sous la direction du garde champêtre communal et du président du syndicat des gemmeurs, qu’est jetée une allumette pour démontrer qu’il n’est pas possible ainsi d’y mettre le feu… Toute la pièce a brûlé.»

La lutte

Elle commence par la prévention. Les pare-feux, « virefeu » ou« birehucqs » existent depuis bien longtemps puisqu’ils sont signalés en1661dans les matrices cadastrales, ils font aussi office de limites de propriétés. Mal entretenus, ils ne remplissent plus leur première fonction. À partir de1943, l’État réglemente la gestion des incendies, mais en raison de la dépopulation cause du manque d’entretien des sous-bois, les embrasements se multiplient. Les communes se regroupent et en1929Pontenxs’organise en « Syndicat libre de défense contre les incendies de pins maritimes», devenu aujourd'hui ASA de DFCI. Divers moyens de prévention sont appliqués : débroussaillement, surveillance, création de postes cyclables, forages et puits, achat de tonneaux, installation de pistes de téléphone et organisation des secours. Juste après la dernière guerre, la commune se dote de 114 kilomètres de piste forestière et achète des appareils à sulfater, 14 seaux-pompes et des bicyclettes des stocks américains, elle pose aussi des affiches « attention au feu ».

C’est par ce programme que les trois postes de guet dePontenxsont installés à la Pendèle, à l’église et à Piche, on creuse aussi le puits de Tauziat. Les interventions sont coordonnées avec Saint-Paul, Sainte-Eulalie, Gastes et Lüe, la sirène à vapeur de l’usine Ducourneau, les sirènes électriques de Bouricos et de La Pendèle et les cloches de l’église donnent l’alarme. Plusieurs coups saccadés : le feu est au nord, un coup, c’est à l’est….

En1941, sur les 15 membres du corps communal des sapeurs-pompiers pontenais, 14 sont des ouvriers, seul Roger Guérin est directeur de la laiterie, ce corps est dissous en1954et remplacé par un centre de secours forestier professionnel, la commune construit un cantonnement pour les accueillir.

Aujourd’hui, les incendies restent un fléau majeur et leur nombre augmente surPontenxoù la population est à chaque fois brutalement affectée. Heureusement, les actions préventives de la DFCI qui a installé depuis plus de 60 ans 350 kilomètres de chemins et de pistes et 52 points d’eau naturels ou forages permettent de limiter les dégâts. Depuis2000, Pontenxsubit en moyenne 5 feux par an, souvent en bordure de route et ces départs de feu inquiètent quant à leur origine.

Témoignages 

« Pendant le grand incendie de Pontenx en 1940, le feu a sauté la route de Parentis. J’étais au feu à Richard quand on est venu me dire de rentrer : il y avait le feu chez moi. On s’était fait brûler les pins, mon père il en pleurait, on a quand même pu sauver deux barriques de résine. Les incendies de 49 nous ont beaucoup marqués, c’était terrible. Chez nous il y avait un très grand airial, les troupes arrivaient du feu, les pauvres étaient fatigués, ils demandaient à manger à maman. Les pompiers de Pontenx disaient « les gros propriétaires, là-bas ont emporté des barriques de vins, ils sont tous saouls dans la bergerie et nous on se crame et on n’a rien ». Je me rappelle ces troupes qui chantaient dans l’airial où ils se reposaient un peu. 

Il y avait des secteurs qui brûlaient tous les ans, Lüe, Gastes, Pontenx, Labouheyre, c’était à cause des molinies qui sont vite sèches, je pense aussi qu’il y a des zones où l’orage tombe plus souvent. Ça serait dû à l’alios qui attire la foudre et puis il y a des couloirs d’impact d’orage, ce sont toujours les mêmes. Maintenant, les pompiers laissent toujours des équipes de surveillance sur le terrain après un feu, elles y restent entre 24 et 48 heures et c’est bien rare qu’elles n’aient pas à intervenir. Autrefois, on le faisait plus ou moins… alors, ça repartait de plus belle, le temps d’arriver sur les lieux, tout était cramé».

Les calamités

D’autres ennemis héréditaires guettent la forêt et les productions agricoles, certains sont inattendus, par exemple « Schistocera grégoria » qui sème la panique àPontenxle 31 mars1947. Petite bête rouge et jaune,le criquet pèlerin est inconnu dans nos contrées jusqu'à ce jour ! Pourtant, jusqu’au 13 août le maire fera appel à la population pour lutter contre le fléau qui n’épargne aucun quartier. Il faudra pulvériser 44 sacs de chlorate en deux jours, l’objectif étant de découvrir et traiter les lieux de ponte avant l’éclosion des larves. Les équipes interviennent tous les jours du lever au coucher du soleil, l’entraide joue à fond, mais l’ennemi ne sera réellement éradiqué qu’à l’automne1949.

La forêt et les cultures craignent la grêle qui ravage 40 exploitations en1948et l’orage qui fauche les seigles et les vignes. Les gelées du 6 mai1861obligent 208 exploitants pontenais à demander un prêt de l’État pour replanter, celles du célèbre hiver1956grillent tous les jeunes pins de la commune. Le gel de1985détruit 3 000 000 de mètres cubes de pins de 25 à 30 ans sur le massif gascon et entraîne 65 000 hectares de coupes rases.

Les maladies n’épargnent pas la forêt, conséquence de la tempête du 24 janvier2009.Desattaques d’ips (insecte) provoquent une importante mortalité des pins depuis2010. Attaquée par les scolytes, pissodes et chenilles, la forêt fragilisée se défolie ou meurt.

Les sécheresses sont tout autant meurtrières pour les jeunes pins, celle de1892fait des ravages plus importants que les grands incendies.

Pontenx est situé « sur un couloir de tempête sud-nord»,elles reviennent régulièrement sur notre territoire en laissant derrière elles crainte et désolation. Les 5 et 23 mai1830, les archives relatent le passage d’ouragans de force au moins égale à Martin et Klaus. Celle de1907abat les 12 arbres de la place publique, celle de1911,100 de plus dans le bourg… Les pertes causées par la tempête du 2 décembre1976sont estimés à 2 millions de mètres cubes dans le massif gascon.

Ces chiffres impressionnants sont modestes comparés aux dégâts causés par Martin en1999et Klaus en2009. L’ouragan Klaus du 24 janvier2009ravage toute la forêt de pin, les routes et pistes sont coupées, plus de 25% du territoire sera exploité en coupes rases, il faudra des années pour « nettoyer » le site ravagé. Ce 24 janvier au matin, malgré le traumatisme vécu, les 150 bénévoles dePontenxcoordonnés par la mairie ouvrent les routes pour permettre l’accès aux habitations, les pompiers du SDIS des Landes, de Corrèze ou des Pyrénées atlantiques, des militaires travaillent à leur côté. Les quartiers les plus reculés attendront plus de 10 jours le retour de l’électricité. Les parcelles de la moitié Est de la commune sont les plus sinistrées : Saint-Trosse, Richard et Puyot Millet en limite d’Escource, au total,  près de 500 000 arbres sont à terre sur la commune, de plus les arbres encore debout subissent une attaque de chenilles processionnaires sans précédent !

Comme en1999, la Communauté de communes accompagne la mise en place d’une aire de stockage par aspersion afin de conserver une partie du bois des établissements Plantier et de la Cie des Landes.

La violence de Martin, la « tempête du siècle», est largement dépassée par celle de janvier2009et à elles deux, elles ruinent notre forêt et ses propriétaires, publics et privés. Les chablis (arbres renversés) se vendent de 1 à 5 euros la tonne… Pas assez pour replanter. Car les forestiers les moins découragés, rejetant leur amertume, commencent à nettoyer dans l’espoir de reconstituer les boisements… dans 20 ou 30 ans, peut-être, le paysage forestier sera reconstitué, si les tempêtes nous laissent un peu de répit.

Volontaires et professionnels : les pompiers

L’histoire de nos pompiers de métier ou bénévoles se lit au fil de celle de nos incendies, mais l’argent n’est jamais étranger à leur devenir :« Le garde communal passera dans vos foyers pour recueillir votre obole»,le maire prévient ainsi d’une souscription pour l’achat d’une pompe à incendie, après le grave incendie aux établissements Dupouy et Chibrac, il précise« Il importe de choisir un appareil moderne qui évite la participation des femmes et des enfants à la défense contre le fléau qui entraine trop souvent des accidents graves». Le préfet offre une subvention de 3 000 francs pour l’achat d’une pompe à main et de matériel pour la motopompe De Dion-Bouton de 8 chevaux-vapeur. C’est le moment de créer un corps de volontaires sauveteurs bénévoles, en compensation du temps qu’ils consacrent à l’entraînement, ils sont exonérés des trois journées de prestations personnelles.

Nous connaissons le nom de nos premiers pompiers :  Albert Larrieu lieutenant, Félix Bonnan, mécanicien, J. Baptiste Gabriel, Gérard Lafitte, Antoine Gaïtte, JB Ducompte, Alfred Lourtie, Roger Guérin, René Ducourneau, Georges Froustey (clairon,)Edmond Pallas, Joseph Dupuis, Lucien Duteis, Emmanuel Anglada, André Duport, Jean Bensacq, François et Jean Laberiotte, Louis Larrieu, Raphaël Maubourguet, Eugène Panatié, Élie Forcet.

De bénévoles armés de balai,s à professionnels installés dans notre caserne toute neuve, leur statut évolue souvent, mais pas leur mission : sauver coûte que coûte ce qui peut l’être. Ils sont également très conscients de leur devoir de formation : notre école de cadets de sapeurs-pompiers est la plus ancienne des quatre que compte le département.

Aujourd’hui, ce sont uniquement des pompiers volontaires qui animent le centre dePontenxqui dépend du pôle de Mimizan.

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