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L'enseignement

« Les occupations de vos parents ne leur permettent pas de vous instruire eux-mêmes, votre instituteur les remplace et vous élève avec une patience et un dévouement infatigable(Leçon de morale en 1900). Envoyer les enfants à l’école, c’est enlever des bras à la terre et comme le dit Rousseau,« le pauvre n’a pas besoin d’éducation» .Ces deux principes expliquent la difficulté à instaurer l’éducation dans notre commune essentiellement agricole.

L’alphabétisation

Sous l’Ancien Régime, l’enseignement est assuré par des régents, (enseignants recrutés sur les foires), ou le sacristain. Ces« escolains » sont chichement rémunérés, par têtes et matières enseignées : lecture ou écriture ou calcul, ou les trois, le tarif n’est pas le même. Rien n’est obligatoire ni gratuit. APontenxen1787, l’ensemble desparoissiens s’engage à verser 150 livres par ans pour rémunérer l’instituteur. Ce contexte donne de piètres résultats,en17895 % des garçons et 1,5 % des filles fréquentent régulièrement l’école.

  Mariages Signatures hommes Signatures femmes
1853 20 9 5
1866 24 11 8
1883 19 15 10
1895 12 12 12

Bien que signer n’impose pas que l’on sache lire, ce tableau nous montre qu’au moins la moitié de la population est analphabète ou illettrée et que les filles sont moins scolarisées que les garçons.

Au XVIIe siècle, la plupart des notables savent lire et écrire, mais un siècle plus tard, après la Révolution, ce n’est plus le cas et trois Pontenais sur quatre ne savent pas lire. En1876, 50 % des jeunes adultes landais sont illettrés, encore en1900tous ne savent pas lire.

Gratuit et obligatoire

L’école primaire ne fonctionne en réalité qu’à partir de1833grâce à la loi Guizot qui précise que les maîtres doivent avoir 18 ans, le brevet de capacité et un certificat de bonnes mœurs. C’est en1838quePontenxérige sa première« maison d’école », les élèves qui y apprennent à lire, écrire et compter payent 1 franc, ceux qui reçoivent l’instruction primaire complète 2 francs, Quand 67 enfants bénéficient de l’école gratuite, le conseil s’inquiète : « Il serait imprudent de donner une trop grande extension à ces admissions à cause de la pénurie des ressources de la commune »,le nombre d’élèves indigents admis à la scolarité (la commune paye pour eux) est donc limité à 10.Une école publique de garçons dirigée par des frères est créée en1859,elle bénéficie d’une excellente réputation. En1872,130 élèves sont scolarisés dans la seule école dePontenx(congrégationniste) avec un maitre et une maîtresse. La commune fait construire la dépendance de l’école des filles en1876.Àla grande surprise du préfet qui propose en1888de construire aux frais de l’État une école mixte à Saintrosse, les habitants refusent.

Quand la loi Ferry de1882décrète : « L’enseignement primaire laïque et obligatoire pour les sept à douze ans »,c’est une révolution, jusqu’alors, les enfants entrent dans la vie active entre sept et neuf ans, hélas, il faut attendre1889pour que l’État prenne en charge le traitement des instituteurs. La commune construit une nouvelle école sur la cour du château avec les déchets de la porcelainerie, on trouve encore des débris de porcelaine dans le sol de la cour. Elle est inaugurée en grande pompe le 29 septembre1885par le maire Charavel« le groupe scolaire est un palais scolaire» d’après lui.

Ému par le spectacle des enfants prenant leur maigre repas sous le préau battu par le vent, le conseil municipal offre la soupe aux élèves durant les mois d’hiver, cette distribution se poursuit jusqu’à la création de la cantine en1941,elle reste un des meilleurs souvenirs d’enfance de nos anciens.Le menu est composé, luxe suprême, en plus de la soupe d’un plat de viande ou de légume « et » d’un dessert. À cause de la guerre, la cantinière élève un cochon et les légumes poussent à Guilleman sur le terrain de sport.

À cette époque, pour les congés scolaires les enfants ont quatre jours pour Noël et deux pour Carnaval, mais les vacances d’été durent aussi longtemps que les récoltes l’exigent.

L’école est obligatoire… sauf en cas de force majeure : foins, vendanges, maladie d’un parent, soins de la maison ou au bétail… en1889, 20 % des enfants en âge d’être scolarisés ne le sont pas et 14 % des inscrits ne mettent jamais les pieds à l’école… L’école maternelle n’existe pas, mais àPontenx,fait exceptionnel,on créeune classe enfantine en1892. Cette innovation serait plus louable s’il s’agissait d’instruire les enfants, en fait, c’est« pour que les parents de la classe ouvrière puissent vaquer à leurs travaux».

Les écoles sont transformées en état-major par les troupes américaines en1918.Puis, pendant la dernière guerre, on installe deux classes provisoires pour les enfants évacués d’Alsace et Lorraine, puis l’occupant s’y installe, mais les cours se poursuivent normalement au garage Raba à côté de l’église.

L’école est obligatoire jusqu’à 14 ans à partir de1951, la commune crée un cours supérieur qui obtient d’honorables succès et organise un cours professionnel qui fonctionne dans un bâtiment construit à cet effet derrière la maison de repos. Les communes environnantes adhèrent à ces cours ménagers et agricoles qui rassemblent 30 à 50 élèves. Les religieuses de la Congrégation de l’Immaculée Conception sont remplacées par des laïques, souvent des sœurs défroquées.

En1941il y a 108 élèves et en1954, 110 enfants de 9 à 11 ans sont scolarisés.

La construction de waters à l’école publique en1960est un événement historique puisqu’ « onremplace les vieux qui datent de 1884 et qui ne peuvent plus remplir, à cause de l’odeur qu’ils dégagent, l’office auquel ils sont destinés».

Laïcité et mixité

La guerre des écoles libres et laïques fait rage, les deux camps se battent pour s’enlever les élèves. Certains prêtres refusent la communion solennelle aux filles de l’école laïque, les employeurs et les propriétaires imposent l’école de leur choix à leurs employés. D’après l’abbé Beaurein, en1787, Pontenxest une exception, car nous avons un instituteur et une institutrice (la seule de la région) qui enseignent« sans institution canonique », ce qui veut dire qu’ils sont laïques, alors qu’à Mimizan « il n’y a encore comme maitre d’école qu’une vieille femme qui rassemblait au plus une dizaine d’enfants »(1830). En1848l’État exige que l’école des filles soit laïque, mais en1861le préfet autorise la commune à s’imposer 734 francs pour le traitement des sœurs qui la dirigent. 

Pour des raisons différentes, les parents, le prêtre, la commune, personne n’est favorable à l’éducation des filles. Ainsi tenues à l’écart de l’école, elles doivent beaucoup à Victor Duruy qui oblige en1867les communes de plus de 500 habitants à ouvrir une école de filles, pour autant, toutes les communes ne répondent pas à cette obligation, il ne leur reste alors que l’école congréganiste où elles apprennent la lecture dans les Écritures Saintes et surtout… la couture. Celle dePontenxconnait un tel succès que le préfet veut fermer l’école laïque désertée. L’idée que l’on se fait de l’éducation féminine n’a guère évolué vers1930si on en croit une pétition des parents qui réclament à la commune du matériel pour travaux manuels : « L’enseignement de la couture et des ouvrages manuels est un des enseignements les plus importants pour les filles du peuple… il n’est pas toujours possible aux travailleurs de payer un apprentissage ou de se priver des jeunes filles pour les envoyer à la couture après l’âge scolaire… il est donc de toute utilité qu’elles apprennent pendant qu’elles sont à l’école tout ce qu’il est possible de leur enseigner à ce sujet ».

Les écoles de Pontenx sont mixtes jusqu’à ce que le maréchal Pétain y mette fin, mais les instituteurs de l’école publique, M. Fontagnié et Mme Duteis obtiennent son rétablissement après la guerre.

Témoignages 

« Ma grand-mère tricotait très bien et très vite, alors la maitresse la mettait derrière le tableau pour qu’elle ne soit pas distraite par les autres gosses et là elle tricotait les chaussettes du mari de la maitresse. Pour elle c’était ça l’école, résultat : elle lisait le journal, elle savait se signer, très peu écrire…

 Moi, la première fois que j’ai entendu parler français, c’était à l’école ; je vivais dans les bois avec ma grand-mère, elle ne connaissait que le gascon, je ne savais même pas qu’il existait d’autres langues, c’était juste avant la dernière guerre. On faisait la route à pied, 9 kilomètres tous ensemble, le curé n’aimait pas trop qu’on soit avec les garçons… L’hiver, on quittait à quinze heures pour rentrer avec la nuit… Sans compter qu’avant et après l’école, on avait les corvées, les bêtes… J’ai quitté l’école avant 14 ans parce que j’étais l’aîné, c’était pour les gros travaux de l’été, alors je n’ai pas passé le certificat, c’est le boulot qui commandait… Avec cinq enfants à la maison… Le maître sur son vélo surveillait après la classe, que les garçons enlevaient le béret pour saluer dans la rue : gare à celui qui ne disait pas bonjour. Une fois, il nous avait fait désherber tout son jardin, mais il y avait des fraises… On était séparés, garçons et filles, même à la récréation. Pour rentrer à l’école, il fallait un certificat du médecin pour dire qu’on n’était pas malade et qu’on était vacciné, il y en avait des maladies, la typhoïde, le typhus, la polio surtout, la diphtérie ou les fièvres(paludisme)… Avant de nous laisser entrer, le maître regardait pour voir si on était propre, c’était la honte pour celui qu’il envoyait se récurer à la pompe ! On rasait les cheveux des garçons et pour les filles c’était coupé droit sous l’oreille, par peur des poux, ça aussi, c’était la honte d’avoir des poux, on était renvoyé de l’école jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus, le maître vérifiait devant tout le monde, les parents étaient humiliés…

« J’étais en primaire dans les années 50, on recevait des coups de bambou, parfois j’avais mal pendant trois jours, mais on ne se plaignait pas. Le maître était dur, exigeant, lui, il disait : sévère, mais juste… mais nous, on avait peur de lui, les « beignes » tombaient plus vite que les compliments, quand il promettait un « areviremarion» (aller-retour du dos de la main sur la figure), on baissait la crête. Les parents pensaient qu’il fallait ça pour apprendre ».

La qualité de l’enseignement

Déjà, les classes sont surchargées, mais pas ici, comme le rappelle le préfet en1891au maire dePontenx : « Il existe dans le département des Landes plusieurs écoles confiées à un seul maitre réunissant plus de 80 élèves ; or l’école des filles compte trois maitresses pour 61 élèves »…

L’enseignement en français, alors que le prêtre dit toujours sa messe en Gascon puisque ses ouailles ne connaissent que cette langue, est aussi un obstacle : aller à l’école demande une sérieuse motivation quand on ne comprend pas ce qui s’y dit.

Au début du XXe siècle, la santé et l’hygiène y sont prises en compte, le maître explique les dangers de l’alcoolisme et du tabac, la circulaire de l’académie exige que la salle de cours soit aérée à chaque récréation.Le patriotisme est intégré à l’enseignement général, car depuis1870 la France prépare la revanche,Pontenx se dote d’un stand de tir à Guilleman en1912, destiné entre autres, à l’entraînement des bataillons scolaires.

L’autorité

Un courrier du préfet au maire de Pontenx le confirme : les maîtres disposent de tous les pouvoirs sur leurs élèves : « J’ai l’honneur de vous communiquer le rapport de M. le commissaire de police qui constate qu’un instituteur de l’école communale a frappé un de ses élèves avec un peu trop de rudesse».La crainte du maître reste ancrée dans les esprits.

Jusqu’à la dernière guerre, le premier devoir du maître est de formater l’enfant à l’obéissance, au respect et à la crainte des adultes et des règles sociales, au sens du devoir, au patriotisme. L’école laïque remplace la religion par le devoir. Dans les deux cas, la notion de plaisir est bannie au profit de celle de sacrifice, l’enseignement passe après les valeurs morales.

Pontenx, comme nous avons pu le voir à plusieurs reprises dans cet ouvrage, a toujours mis l’enseignement en tête de ses investissements, y compris quand les autres communes faisaient l’impasse sur l’éducation. Cette politique porte ses fruits aujourd’hui et les nouveaux arrivants trouvent ici pour leurs enfants de primaire des conditions de scolarisation optimales avec l’informatisation des salles de classe et la construction de la salle de sport. Depuis la rentrée2009, avec ses 7 classes pour 170 élèves (106 en2000),Pontenxa retrouvé sa population scolaire de la période dorée.

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